La signature au revers d’une pièce Henriot Quimper constitue le premier élément d’authentification, mais aussi le plus fréquemment falsifié. Identifier les incohérences entre une marque, sa graphie et la période supposée de fabrication demande une lecture technique que nous détaillons ici, en partant des pièges les plus courants.
Chronologie des marques Henriot Quimper : les anachronismes qui trahissent un faux
Une signature ne se juge pas isolément. Elle doit correspondre à une fenêtre de production précise. Toute incohérence entre le type de marque et l’époque revendiquée signale un problème.
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Avant 1922, les pièces portent des initiales simples, souvent « HB » pour la manufacture Hubaudière. La mention « Henriot Quimper » en toutes lettres n’apparaît qu’à partir de 1922 et reste en usage jusqu’en 1968. Après cette date, les marques se modernisent, avec parfois des codes ou des numéros ajoutés.
Un faux courant consiste à apposer « HenRiot Quimper France » sur une pièce dont la forme ou le décor appartiennent à une période antérieure. Si le plat imite un style début XXe siècle mais porte une marque post-1968, la contradiction est flagrante pour un œil averti.
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Nous recommandons de croiser systématiquement trois données : la marque au revers, le style décoratif et la technique de fabrication. Un faussaire reproduit rarement les trois de manière cohérente.
Signatures manuscrites Henriot : distinguer le pinceau du tampon

Les manufactures quimpéroises signaient à la main, au pinceau, sur l’émail cru avant cuisson. Ce geste artisanal laisse des traces spécifiques que les copies ne reproduisent pas.
Une signature authentique ancienne présente de légères irrégularités : épaisseur variable du trait, léger tremblement, absorption inégale du pigment dans l’émail. Sur les pièces du milieu du XXe siècle, la graphie reste manuscrite mais gagne en assurance, avec des lettres plus posées.
Les reproductions modernes présentent deux défauts opposés :
- Une signature trop régulière, presque mécanique, qui trahit un transfert par tampon ou sérigraphie plutôt qu’un geste au pinceau
- Une signature volontairement tremblée, mais dont l’irrégularité ne correspond pas à la fluidité naturelle d’un décorateur professionnel (le faux tremblement est saccadé, pas souple)
- Un positionnement inhabituel de la marque sur le revers, décalé par rapport aux zones où les décorateurs signaient selon les conventions de chaque période
L’examen à la loupe du trait révèle souvent la supercherie. Un pinceau sur émail stannifère cru produit un bord légèrement diffus. Un tampon ou un feutre laisse un bord net, parfois avec un léger relief en surface.
Décor peint à la main : ce que la copie ne reproduit pas
Le motif breton, le « Petit Breton » ou les guirlandes florales à la touche sont abondamment copiés. Le sujet lui-même ne suffit pas à authentifier une pièce. C’est la main du décorateur, pas le motif, qui prouve l’origine.
Sur une production Henriot authentique, chaque pièce d’une même série présente des variations subtiles. L’inclinaison d’un personnage, l’épaisseur d’un filet de couleur, la forme d’une feuille diffèrent légèrement d’une assiette à l’autre. Ces micro-variations sont la conséquence directe de la peinture « à la touche » caractéristique de Quimper.
Une imitation industrielle reproduit le sujet mais uniformise l’exécution. Deux assiettes d’un même lot seront quasi identiques, ce qui ne se produit jamais dans une fabrication artisanale. Nous observons aussi que les copies simplifient souvent les motifs tournants et les filets de bordure, car ces éléments demandent un tour de main spécifique.

Un test utile : comparer deux pièces supposées de la même série. Si elles sont strictement identiques dans le trait, la probabilité d’une reproduction est élevée.
Marques de décorateurs HB Quimper : un outil d’authentification sous-exploité
Entre 1942 et 1984, les pièces HB Quimper portent parfois, en plus de la marque de manufacture, une signature ou un monogramme identifiant le décorateur. Ce détail est rarement reproduit par les faussaires, car il exige une connaissance approfondie du personnel de l’atelier.
Les collectionneurs spécialisés disposent de listes de décorateurs associés à leurs marques personnelles. Vérifier la cohérence entre la marque du décorateur et la période de production permet de repérer des pièces dont la signature de manufacture a été ajoutée après coup sur un biscuit non marqué ou sur une pièce d’un autre atelier.
Les manufactures Porquier-Beau (PB) et Hubaudière (HB) avaient aussi leurs propres conventions. Confondre les marques de ces trois maisons, ou trouver un monogramme de décorateur HB sur une pièce signée Henriot, constitue un signal d’alerte net.
Faïence stannifère de Quimper : indices matériels contre les copies
Au-delà de la signature, le tesson lui-même fournit des indices. La faïence stannifère de Quimper utilise un émail opaque à base d’étain qui donne un fond blanc laiteux, légèrement crémeux, différent du blanc froid des faïences industrielles modernes.
- L’émail ancien présente souvent de minuscules défauts de surface (piqûres, légers grumeaux) absents des reproductions à émail lisse et uniforme
- Le revers d’une pièce authentique montre fréquemment des traces de pernettes (supports de cuisson) sous forme de petits éclats ou marques circulaires
- Le poids d’une pièce ancienne est généralement plus élevé que celui d’une copie en faïence fine ou en grès émaillé, dont la pâte est plus dense mais plus mince
L’émail stannifère ancien réagit différemment à la lumière rasante qu’un émail moderne : il diffuse la lumière au lieu de la refléter de manière uniforme. Ce test visuel simple, réalisable en brocante, permet d’écarter une bonne partie des copies grossières.
Dernier point technique : les couleurs de grand feu utilisées à Quimper (dominante de bleu cobalt et de jaune d’antimoine) présentent une profondeur sous l’émail que les décors posés sur émail cuit ne reproduisent pas. Sur une copie peinte à froid ou à petit feu, le décor reste en surface et s’écaille plus facilement au niveau des arêtes.

Le recoupement entre signature, décor, matière et technique de cuisson reste la méthode la plus fiable. Un faussaire peut imiter un de ces critères, rarement les quatre à la fois. Chaque pièce suspecte mérite cet examen croisé avant toute estimation de valeur.

