Trois semaines. C’est le temps qu’il faut à une carcasse de poulet pour remplir votre compost de nuisibles et de relents capables de faire fuir un voisinage entier. Pourtant, l’idée de composter la viande revient sans cesse, entre quête du zéro déchet et volonté de tout recycler. Mais la réalité déjoue souvent les velléités écolos mal informées.
Que mettre dans le compost : comprendre comment ça marche
Le lieu du compostage mérite réflexion. Placez votre composteur à la lumière, dans un coin du jardin facilement accessible. Une solution du commerce convient, mais un assemblage de palettes fait tout aussi bien l’affaire. Reste à décider du contenu : tout ne se jette pas sans discernement.
Erreur n°1 : se limiter aux épluchures de cuisine
Le secret d’un compost efficace ? Jouer la complémentarité entre déchets verts (ou humides) et déchets bruns (ou secs). En clair : mélangez épluchures de légumes et de fruits avec feuilles mortes, brindilles, carton ou papier non traité. Se contenter des seuls restes de cuisine provoque un excès d’humidité, et invite moustiques et mauvaises odeurs à s’installer. Pour garder l’équilibre, visez 40 % de déchets verts pour 60 % de déchets bruns. Par exemple, chaque fois que vous videz vos épluchures, apportez aussi une poignée de feuilles sèches. Prévoyez dès l’automne une réserve de matière brune, à ajouter au fil de l’hiver.
Erreur n°2 : oublier de mélanger
Rien de plus facile que de laisser son compost s’endormir. Mauvaise idée. Un brassage régulier, idéalement chaque semaine, permet à l’oxygène de circuler et accélère la fermentation. Deux fois par an, au début du printemps et à l’automne, récoltez votre compost mûr et répandez-le au potager. C’est un engrais naturel de choix.
Erreur n°3 : tout jeter, sans discernement
Contrairement à ce que l’on croit, tout ce qui est organique ne finit pas systématiquement dans le composteur. Certains apports, en excès, déséquilibrent la décomposition. Voici les précautions à prendre :
- Modérez les épluchures d’agrumes, trop acides pour la faune du compost ;
- Évitez d’accumuler les peaux d’avocat ou d’ananas, trop coriaces ;
- Émincez les épluchures de pommes de terre en petits morceaux avant de les ajouter ;
- Coquilles d’œufs : réduisez-les en miettes pour qu’elles se dégradent plus vite.
Un principe simple pour tous les ingrédients du compost
Plus c’est petit, plus ça va vite. Les coquilles d’œufs, une fois écrasées, enrichissent le compost en carbonate de calcium, bénéfique pour vos plantations. Même logique pour les zestes d’agrumes, les pelures de pommes de terre, d’avocat ou d’ananas : un passage au couteau, et la décomposition suit son cours.
Erreur n°4 : tout ce qui reste finit au compost
Certains restes alimentaires ne font qu’attirer des indésirables. Viande, poisson, os et arêtes sont à bannir : ils attirent rats et autres nuisibles, sans se composter correctement. Résistez à la tentation de les donner à vos animaux domestiques, le risque sanitaire n’en vaut pas la peine. Même constat pour les coquilles de moules ou d’huîtres, qui n’ont rien à faire dans le compost.
Erreur n°5 : les cendres de cheminée, fausse bonne idée ?
La question divise. Quelques poignées de cendres de bois peuvent effectivement neutraliser l’acidité du compost, mais gare à l’excès : trop de cendres, et la décomposition ralentit. Mieux vaut en réserver une petite quantité à votre composteur, et épandre le reste directement sur la terre du jardin.
Que faire des résidus de toilettes sèches ou de litière pour chat ?
Les avis sont partagés, mais voici ce qui fonctionne : les résidus issus des toilettes sèches (sciure, papier hygiénique non traité, excréments) forment un bon compost, à condition de patienter quelques mois avant de les intégrer au composteur. Côté animaux, seules les litières biodégradables à base de bois ou de paille peuvent être ajoutées, et toujours avec parcimonie.
Erreur n°6 : faire confiance aux sacs compostables
Depuis la disparition des sacs plastiques classiques, les sacs compostables ou biodégradables se sont multipliés. Pourtant, ils se dégradent très mal dans un composteur domestique, car ils nécessitent des températures élevées, propres au compostage industriel. L’Ademe recommande d’ailleurs de les placer dans le bac de tri des ordures ménagères. Autre point de vigilance : si votre compost est trop sec, il faut rétablir un certain degré d’humidité. Mais attention à ne pas le transformer en marécage en le laissant sous la pluie trop longtemps.
Le compostage, c’est un peu comme la cuisine : un équilibre subtil entre ingrédients et gestes précis. Ni trop, ni trop peu, et le résultat se lit dans la terre enrichie, les plantations vigoureuses. Si la tentation de tout recycler vous titille, souvenez-vous que la nature, elle, ne fait pas de raccourci : chaque élément a sa place, et la viande, elle, préfère le détour par la poubelle.


